vendredi 7 octobre 2011

Rêves d'Emilie Lorins (1905)




Les heures sont passées sur ce val oublié

Brûlantes et langoureuses dans les sillons ;

De cette lumière je me suis souvent enivrée,

Espérant qu’elle me rende à la raison.


Sanglée dans les replis de cette déserte campagne,

Je laisse mon pinceau donner vie à des rêves

Qui me soulèvent un instant puis s’éloignent,

Et chaque réveil prédit la douleur d’un glaive.

Crépuscule par Émilie Lorins (1908)

Sentez l'ombre parvenue
Dans le ciel où le jour expire
L’Arlésienne est mise à nue
Et pourtant nul ne la mire


Un instant le crépuscule erre
Vinrent les vautours que l'on veut taire
Le ciel s'en teinte et s'assombrit
L'astre pâle entre en conflit


Sur ces oiseaux pas un poème
Un instant ouvrent les cœurs
Des bourreaux venus de Brême
Des assassins de la candeur


Amant décroche les étoiles
Si nul n'en fut ému
Alors la paix sera vendue
Tonnent en fracas les cabales


L'amour berce un bref instant
La vie se lasse avec le temps
Le géant aveugle entre en piste
Le crépuscule l'avale d'un air triste