vendredi 16 avril 2010

Dans la Mancha...

Dans la Mancha

Tu n’étais pas le plus beau, ni le plus noble mais tu étais assurément le plus fort des chevaliers de notre étrange pays.

Hissé, entre tes râteaux pliés et tes lances nouées, tu n’avais pas si fière allure et je te regardais, tremblante, saisir les chemins les plus tortueux pour partir au combat.

La cadence extravagante des sabots de ta monture te portait devant le monde,

ivre d’idéaux, noir de passions.

Combien d’aurores ai-je vu frissonner quand tu cavalais loin vers des horizons flamboyants de folie et d’absurdité !

Moi, je n’étais ni reine, ni princesse, mais je te laissais le croire.

Et je me laissais croire que tu reviendrais, même si au fond, mes illusions n’étaient jamais aussi puissantes que les tiennes…

J’aurais tant voulu te demander, mon Hidalgo : as-tu eu peur ne serait-ce qu’une seule fois ?

Toi, qui osais braver les arcs scintillants sous les orages célestes.

Contre tous, contre tout, tu t’es jeté dans ces batailles, ton âme voletant après cette liberté que les plus vieux galériens n’osaient rêver.

Tu as brandi ton idéal, comme pavillon magique, et sous les yeux ébahis, tu as délivré les esclaves, avant de t’attaquer aux ailes tournoyantes des monstres dressés sur ta route.

Les sifflements stridents des moulins ne t’ont pas arrêté, je le sais, même si je l’ai espéré parfois…

Les figures évanescentes t’ont salué pour mieux se fondre dans les mirages des grandes plaines blanches et arides.

Puis un soir, tu as refermé tes livres d’aventures, tu n’es pas revenu prés de moi, mais tu t’es endormi, quelque part… Enfin !

Certains jours, quand les cieux retrouvent un peu de la clémence d’antan, on peut apercevoir tes hallucinations qui luisent sur la terre pâle.

Les reliefs irisés de tes rêves dansent encore pour les yeux des plus audacieux.

Tu n’as pu venir à bout du hasard de nos vies, tu n’as pas protégé tous les opprimés de ce monde, mais pour l’éternité, dans chacun des drapeaux fiers de la liberté, se reflète un peu de ta folie.

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