vendredi 7 octobre 2011

Rêves d'Emilie Lorins (1905)




Les heures sont passées sur ce val oublié

Brûlantes et langoureuses dans les sillons ;

De cette lumière je me suis souvent enivrée,

Espérant qu’elle me rende à la raison.


Sanglée dans les replis de cette déserte campagne,

Je laisse mon pinceau donner vie à des rêves

Qui me soulèvent un instant puis s’éloignent,

Et chaque réveil prédit la douleur d’un glaive.

Crépuscule par Émilie Lorins (1908)

Sentez l'ombre parvenue
Dans le ciel où le jour expire
L’Arlésienne est mise à nue
Et pourtant nul ne la mire


Un instant le crépuscule erre
Vinrent les vautours que l'on veut taire
Le ciel s'en teinte et s'assombrit
L'astre pâle entre en conflit


Sur ces oiseaux pas un poème
Un instant ouvrent les cœurs
Des bourreaux venus de Brême
Des assassins de la candeur


Amant décroche les étoiles
Si nul n'en fut ému
Alors la paix sera vendue
Tonnent en fracas les cabales


L'amour berce un bref instant
La vie se lasse avec le temps
Le géant aveugle entre en piste
Le crépuscule l'avale d'un air triste


mercredi 13 octobre 2010

Emilie Lorins

Part d’histoire :

J’ai fouillé la maison de mes grands parents avant qu’elle ne soit mise en vente, rayons livres et vieux cahiers. Je suis tombé sur quelques lettres et coupures d’articles de journaux qui m’ont amené de grenier en grenier, aux archives municipales et à recomposer ce personnage Emilie Lorins qui dû être si particulier et si touchant.

Je vous livre ici quelques extraits de mes trouvailles…

A Emilie,

Tristesse détestée

Tristesse détestée

Emilie Lorins

La colère, et le sabre, ô lucrèce ennemie,
La mort de tes lépreux couve un drain douloureux

Et, consommant le temps ô jalouse à l'envie,
Elle scelle de ses humeurs un breuvage dangereux.

De si grand dévoiement immortelle apathie
Ta fétide majesté, ôte mon désir haineux,
Vous me paierez pourtant une telle infamie
Dans vos tristes manoirs et vos foyers véreux ! "

Même si ta nature faite de vipères t'y aident,
Je broierai sans un son ton crâne si obscène
Et trouerai ce céans que tu portais si bas

je foulerai le dard planté dans tes œillères,
Pouvoir aux chiens donner ton geste et tes abats
Que rien de tes ébats ne reste dans ta bières.

Crépuscule

Crépuscule

par Emilie Lorins

Crépuscule

par Emilie Lorins

Sentez l'ombre parvenue
Dans le ciel où le jour expire
L'Arlésienne est mise à nue
Et pourtant nul ne la mire


Un instant le crépuscule erre
Vinrent les vautours que l'on veut taire
Le ciel s'en teinte et s'assombrit
L'astre pâle entre en conflit


Sur ces oiseaux pas un poème
Un instant ouvrent les coeurs
Des bourreaux venus de Brême
Des assassins de la candeur


Amant décroche les étoiles
Si nul n'en fut ému
Alors la paix sera vendue
Tonnent en fracas les cabales


L'amour berce un bref instant
La vie se lasse avec le temps
Le géant aveugle entre en piste
Le crépuscule l'avale d'un air triste


dimanche 25 avril 2010

Sous les branches

J’ai marché sous les branchages qui s’embourgeonnent,
les sous-bois d’orties et de noisetiers mêlés,
les jeux de lumière qui argentent les feuilles.
J’ai pris les chemins buissonniers qui mènent à nulle part,
j’ai signé de mes pas les talus enherbés.
Moi je n’ai que les mots pour explorer mon âme,
Pour en faire rejaillir l’émotion qui m’entaille.
Mes yeux voient les détails, les ors, les ombres ciselées
Mais nul chant, nul pinceau, nulle note
Juste des mots en bouquet dans ma tête.

J’ai marché sous les branchages qui s’embourgeonnent
Le printemps a failli naître après tous ces hivers
Sous le ciel qui tournoie le balai des pollens
Les espoirs se sont métissés aux croyances
Et mes mains vides poussent les mirages.
Moi je n’ai que les mots pour explorer mon âme,
Et mes pas éclaboussent l’émotion qui m’emporte.
Mon ouïe entend les parfums des êtres et des choses
Mais nul talent d’orateur, nul grade, nulle image
Juste des mots en bouquet dans ma tête.

J’ai marché au rythme saccadé d’un rien qu’on abandonne
Les diamants sont tombés des gouttes de rosée
J’avais si soif pourtant et n’ai pu les ramasser
Seul le sang a coulé des épines de l’églantier
Et la mare au ciel bleu s’est brouillée.
Moi je n’ai que les mots pour explorer mon âme,
Et mes larmes mettent en nœud l’émotion qui m’étreint.
Ma peau effleure chaque ronce et pétale, chaque angle
Mais nulle corne, nul écran, nul artifice
Juste des maux en bouquet dans ma tête.

vendredi 23 avril 2010

Que perdre ?

Perdre ses lunettes ce n’est tout de même pas plus grave que de perdre ses chaussettes ;
Parce que sans les yeux de l’amour, les pieds sont flous et ne savent où aller.
S’ils ne savent où aller, ils s’égarent et là, tout se perd :
Le bon sens, les idées, les craies…
Les craies c’est important pour tracer sur le sol les marques de la pluie,
L’eau coule son savoir dans nos têtes engourdies.
Mais si je ne perds pas mes doigts , je pourrai toujours éveiller quelque chose au creux de la buée.
Perdre ses pensées, pendant qu’on réchauffe des idées, c’est embêtant mais coutumier.
Mais si j’ai perdu le sel, il ne me reste que la mère pour me bercer aux creux des vagues,
Et là, je perds dur dans le brouillard de mes manques.
Alors que perdre ?
Mes clefs peut-être, je passerai par la fenêtre,
Celle azurée de mon ciel caché,
J’oublierai d’ouvrir mes placards les plus sombres
et j’aurais une bonne excuse pour l’école buissonnière,
celle où mes pieds sont clairs de mes yeux sans lunettes !